Graphique comparant le prix et la résistance de six pantalons de travail testés

Six pantalons de travail achetés sur le marché, de 12,99 € chez Lidl à 240 € chez Helly Hansen, détruits un par un sur notre banc de test. Les résultats vont à l'encontre de ce que je vends, je les publie quand même.

Prix payé et résultats aux tests d'arrachement et d'abrasion pour les six pantalons de travail testés
Le prix payé en barres, le résultat des deux épreuves les plus dures à droite. De 13 € à 240 €, l'écart de résistance suit une autre logique que l'écart de prix.

L'origine de ces tests

Je vends des vêtements de travail, ce qui m'oblige à connaître les produits au-delà des argumentaires des fabricants. Nous achetons donc les modèles sur le marché, au prix public, comme n'importe quel client. Nous les passons sur un banc, nous publions les mesures. Ces tests se font sans sponsor. Il arrive qu'un produit de notre sélection en sorte mal.

Ce comparatif a fait le plus réagir, parce qu'il touche à une croyance installée sur les chantiers : payer plus cher revient à acheter plus solide.

Le protocole, ouvert à la critique

Les quatre épreuves du protocole de test des pantalons de travail : arrachement du passant, déchirement de l'entrejambe, perçage, abrasion
Le banc applique la même série d'épreuves aux six pantalons. Chacune reproduit une contrainte que vous connaissez déjà sur le chantier.

Quatre épreuves, la même série pour les six modèles, avec des valeurs mesurées à chaque étape.

Épreuve Comment Ce que ça reproduit sur le chantier
Arrachement du passant Chèvre hydraulique, chaînes en haut et en bas, balance de grue pour relever la charge qui fait céder le passant ou le tissu. Toujours le même passant, tous les pantalons en taille 42. Le marteau accroché à la ceinture, le passant qui accroche un échafaudage quand vous descendez.
Déchirement de l'entrejambe Traction sur les deux jambes jusqu'à rupture, même dispositif hydraulique. Le grand écart involontaire sur une échelle ou un rampant.
Perçage Perceuse montée sur colonne, embout cruciforme Phillips en rotation, jambe serrée sur un tube, pression mesurée à la balance jusqu'à percement. La vis dans la poche, le fil de fer, le bout de treillis soudé.
Abrasion Lime à bande, bande abrasive grain 80, cinq secondes d'application, sur le tissu de jambe et sur le renfort de genou. Le genou qui frotte sur une dalle brute, la cuisse contre un mur en parpaing.

Les six candidats

Modèle Prix constaté Ce qu'il promet
Helly Hansen Magni 240 € Cordura, stretch 4D, poches latérales à fermeture magnétique, renforts aux genoux, finition très soignée.
Snickers Stretch Capsulized 6593 168 € Ceinture Flexi, poches cargo en Cordura, genouillères soudées et lavables, matière renforcée sur les cuisses.
Bosseur Harpoon Multi Standard 105 € Renfort lombaire, ceinture élastiquée, genouillère avec absorbeur de choc et induction céramique, bas de jambe rallongeable, poche téléphone à tirette utilisable avec des gants.
Lafont Mufler 43 € Ceinture élastiquée, poche cargo à scratch, genouillères amovibles en option.
LMA SCIE 21 € Poches standard, deux cargos, genoux sans renfort.
Lidl Parkside 12,99 € Ceinture élastiquée, poche crayon, zones noires aux genoux dans la même matière que le reste, sans possibilité d'insérer un renfort.

Ce que le banc a montré

Les passants cèdent en emportant le tissu

Un seul passant a tenu jusqu'au bout, celui du LMA à 21 €. Les cinq autres se sont déchirés. Un passant qui part avec le tissu met le pantalon au rebut, hors de portée d'une reprise de couture le dimanche soir.

L'abrasion sépare les modèles

Cinq secondes de grain 80 suffisent à trouer cinq pantalons sur six. Le Bosseur Harpoon Multi Standard reste le seul intact, avec son renfort de genou à induction céramique. Le Helly Hansen à 240 € s'est troué comme le Lidl à 13 €.

La séquence d'abrasion image par image se trouve dans la vidéo du test, avant le verdict. C'est le passage le plus commenté.

Ce que le prix annonce

Le Lafont à 43 € atteint un niveau de résistance proche du LMA à 21 €. Le Lidl à 12,99 € tient ses épreuves, avec une finition en retrait à l'usage. Les deux modèles les plus chers du lot, le Snickers et le Helly Hansen, terminent en dessous de leur prix sur ces quatre épreuves. J'ai parlé de résultat choquant dans la vidéo, je maintiens le mot.

Le verdict de ce test

Sur le rapport prix sur résistance brute, le Lafont Mufler arrive en tête, le LMA juste derrière. Sur la combinaison résistance et fonctions quotidiennes, poches bien placées, renfort lombaire, genouillère efficace, le Bosseur Harpoon Multi Standard sort devant, à un prix inférieur au haut de gamme.

Sur ce lot, le prix payé renseigne sur la finition ; la tenue dans le temps dépend du tissu et des renforts.

Le même protocole sur le haut de gamme

Un deuxième test compare quatre modèles de gamme supérieure présents sur les chantiers, dans une fourchette de 100 à 200 € TTC : Blåkläder 1989, Bosseur Harpoon Enduro, Mascot Advanced, Snickers Craftsmen. Un Levi's 501 sert de repère pour ceux qui travaillent en jean.

Stretch ou chaîne et trame

Le stretch, sur les Blåkläder et Mascot, apporte de la légèreté avec un confort supérieur. Il cède plus tôt, sur toute la longueur, ce qui ferme la porte à une réparation.

Le chaîne et trame, sur le Bosseur et le Snickers, ajoute de la rigidité avec quelques grammes de plus. Il tient plus longtemps, avec une coupure nette qui autorise une reprise. Au perçage, le Blåkläder en stretch prend la tête, le Mascot, stretch lui aussi, termine dernier. La construction du tissu pèse donc plus lourd que la famille de tissu.

Ce que le mot Cordura annonce

Deux pantalons annonçaient un renfort Cordura, avec des comportements éloignés à l'abrasion. L'écart entre deux Cordura peut donc être large. Dans ce test, le système à induction céramique du Bosseur termine devant, renfort de genou intact.

Le résultat le plus surprenant

Au déchirement de l'entrejambe, le Bosseur Harpoon Enduro a résisté à la charge maximale du banc. Des fils ont craqué, coutures et tissu sont restés en place. Le Snickers Craftsmen encaisse la charge la plus élevée au test du passant, avec un tissu déchiré sur toute la longueur. La charge maximale et l'état du pantalon après l'épreuve sont deux mesures distinctes, à lire ensemble.

Au cumul des quatre épreuves, le Bosseur Harpoon Enduro sort premier, en qualité comme en rapport qualité prix. Il figure pour cette raison dans notre sélection.

Les critères d'achat que je tire de ces deux tests

  • Le renfort de genou passe avant la marque. Cette zone décide de la durée de vie du pantalon chez un carreleur ou un plaquiste. La poche genouillère fait partie de la définition d'un pantalon de chantier, à tous les prix.
  • Pour du travail salissant et abrasif, le chaîne et trame. Il perd un peu en souplesse ; il dure des mois de plus et se répare.
  • Le stretch garde son sens en intérieur et en second œuvre, avec des montées d'escabeau répétées sur une abrasion faible.
  • Le passant de ceinture compte dès que vous y accrochez des outils. Pincez le tissu à sa base : monté sur une seule épaisseur, il partira avec un bout de pantalon.
  • Un pantalon à 20 € trouve sa place sur un chantier de démolition court et sale. Comme pantalon principal, le confort absent et les fonctions manquantes se paient en temps perdu.

La suite

Vos suggestions d'épreuves ou de modèles servent au prochain protocole. Si un pantalon s'est déchiré à un endroit précis sur votre chantier, envoyez-moi la photo.

Sources et références

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