Artisan en appui sur un genou, dos droit, sur un chantier

Un carreleur passe une bonne partie de sa journée à genoux. Un plaquiste aussi, dès les bas de cloison. Les consultations arrivent vers quarante-cinq ans. Cet article part du geste, qui commande le choix du matériel.

Position agenouillée correcte sur un chantier, appui sur un seul genou, dos droit, sans s'asseoir sur les talons
Un seul genou au sol, l'autre pied à plat, dos droit, charge partagée entre les deux jambes. Le choix de la genouillère part de cette position.

Les contraintes qui abîment le genou

Le poids du corps agit avec d'autres contraintes. L'INRS liste la pression, le contact avec un sol irrégulier, l'humidité, les particules de ciment, les liquides comme l'huile. Les conséquences vont de la rougeur à la callosité, à l'allergie, à l'hygroma du genou, une inflammation des bourses séreuses qui s'épaississent sous les traumatismes répétés. Certains hygromas passent au bloc opératoire. Le tableau 57 du régime général le reconnaît comme maladie professionnelle (INRS, Vos genoux sont fragiles).

Un sol rugueux ou mouillé aggrave ces contraintes. Un chantier de rénovation réunit les deux.

Les troubles musculosquelettiques restent la première cause de maladies professionnelles dans le bâtiment (OPPBTP).

Avant la genouillère, le geste

La genouillère vient après l'organisation du poste. Trois habitudes gratuites réduisent le temps passé à genoux.

Remontez le travail plutôt que de descendre au sol

Un bac sur chevalets pour gâcher, les découpes faites debout sur un tréteau. Une pièce remontée à hauteur de main supprime la contrainte à la source.

Le tabouret bas plutôt que les deux genoux

Sur une plinthe, un bas de cloison, une saignée en pied de mur, le tabouret roulant ou le siège d'atelier bas fait le même travail en préservant l'articulation. L'INRS le recommande dès que la tâche le permet.

Une heure maximum, puis dix minutes debout

C'est la règle la plus concrète du document de l'INRS. Une heure à genoux au maximum, puis dix minutes de marche, genouillères retirées des jambes. Sur un chantier de carrelage, calez vos coupes ou votre nettoyage sur ce rythme.

Deux signaux à traiter le jour même. Des fourmillements dans les jambes ou les pieds commandent de quitter la position. Un genou ou un mollet qui gonfle en position agenouillée justifie un avis médical.

La norme EN 14404, en clair

La norme des protections des genoux pour le travail à genoux distingue quatre types de dispositifs et trois niveaux de performance. Le marquage porte les deux informations.

Type De quoi il s'agit Pour qui, en pratique
Type 1 Genouillère indépendante du vêtement, attachée autour de la jambe. Utile pour un changement fréquent de pantalon ou un pantalon dépourvu de poches. À réserver aux interventions courtes, à cause des lanières.
Type 2 Plaque de mousse ou rembourrage inséré dans les poches du pantalon, ou fixé au pantalon. La solution de référence pour un usage quotidien : mollet libre, position stable à la marche.
Type 3 Dispositif non fixé au corps, que l'on déplace avec soi. Le tapis posé devant vous. Bon complément pour un poste fixe, contraignant en cas de déplacements répétés.
Type 4 Dispositif avec fonction supplémentaire, cadre d'aide au relevage, agenouilloir-tabouret. Pertinent pour un travail long au même endroit, ou avec des genoux déjà douloureux.
Niveau Ce qu'il garantit Le sol correspondant
Niveau 0 Sans exigence de résistance à la pénétration. Sol propre et lisse : carrelage posé, plancher fini.
Niveau 1 Résistance à la pénétration d'une pointe sous une force de 100 N. Sol brut avec aspérités ou débris de moins de 1 cm.
Niveau 2 Résistance à la pénétration d'une pointe sous une force de 250 N. Conditions difficiles, sol encombré d'objets de plus de 1 cm. Niveau à demander dès qu'un risque de coupure ou de perforation existe.

Sur un chantier de rénovation, avec des gravats et des vis au sol, le niveau 2 s'impose. Beaucoup de pantalons sont livrés avec des mousses de niveau 0.

Schéma des quatre types de protections des genoux et des trois niveaux de performance de la norme EN 14404
Les quatre types et les trois niveaux de la norme EN 14404. Le marquage de votre genouillère porte ces deux mentions.

La position de la poche du pantalon

Une genouillère de type 2 protège quand elle se trouve en face du genou au moment de l'agenouillement. Trois paramètres commandent ce placement : la taille du pantalon, la position de la poche, la dimension de la mousse par rapport à la poche. L'INRS demande de vérifier ces trois points, puis de consulter la notice du pantalon pour identifier les genouillères compatibles avec ses poches.

Comparaison d'une poche de genouillère trop haute, mousse restée sur la cuisse et genou en contact direct avec le sol, et d'une poche bien positionnée, mousse intercalée entre le genou et le sol
À gauche, la mousse reste sur la cuisse, le genou appuie sur le sol. À droite, elle vient sous l'avant du genou et s'intercale entre le genou et le sol.

Le test à faire avant le premier chantier : enfilez le pantalon avec les mousses en place, agenouillez-vous, passez la main sur la rotule. Le bord de la mousse sous la main signale une poche trop haute pour votre morphologie. Un réglage de hauteur de poche ou une autre longueur de taille corrige ce point.

Deux autres critères qui viennent du terrain plus que du catalogue :

  • Privilégiez les modèles sans lanières. L'INRS recommande les protecteurs sans lanières sur les jambes, ces lanières entravant le déplacement et créant une gêne circulatoire. Sur un modèle à lanières, réglez au plus lâche compatible avec le maintien de la mousse.
  • Attention aux coques rigides et lisses sur un sol lisse. Elles glissent, l'appui se rattrapant alors avec le dos.

Sol mouillé, sol chaud, soudure : les cas particuliers

La norme prévoit une exigence de protection contre l'eau, à demander pour un travail sur sol détrempé, en extérieur sous la pluie ou dans la boue. Sur sol chaud, l'épaisseur du protecteur fait l'isolation, avec une tenue aux températures élevées. En soudure, la genouillère encaisse les projections de gouttelettes de métal en fusion. Pour un local exposé à des produits chimiques, demandez au fabricant la compatibilité avec ces produits.

L'entretien, en trente secondes par jour

Un contrôle visuel avant utilisation suffit : état des sangles, surface intérieure, épaisseur du matériau. Une mousse tassée perd sa fonction. Vous le sentez avant de le voir : un point dur sous le genou ou une baisse de confort annonce la fin de vie.

Un détail qui coûte cher : les genouillères insérées dans les poches suivent des conditions de lavage et de séchage différentes de celles du pantalon. Sortez-les avant la machine, sous peine de perdre la mousse et de garder des poches vides pendant six mois.

Ce que je vérifierais avant d'acheter

  1. Le niveau marqué sur la genouillère. Niveau 2 pour de la rénovation et du gros œuvre, niveau 1 en second œuvre sur sol propre.
  2. La compatibilité mousse et poche, à l'essai. L'INRS le dit sans détour : le confort s'évalue au porté, hors catalogue.
  3. Le renfort extérieur du pantalon en face du genou. Sur notre banc de test, cette zone décide de la durée de vie du pantalon, avec des écarts larges entre modèles.
  4. Le retrait rapide de la mousse, condition pour que le geste devienne réflexe avant chaque lavage.
  5. Un essai sur chantier avant de commander pour l'équipe. Le port suit quand la personne concernée choisit son équipement.

Un pantalon à poches genouillères avec deux mousses de niveau 2 coûte moins de 100 €. Une intervention chirurgicale sur un hygroma coûte plusieurs semaines de chantier à l'arrêt.

Sources

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