On a rangé les tee-shirts d'été et sorti les polaires. Le thermomètre repart à 30 °C et plus. Cette chaleur de fin septembre tombe sur des corps désacclimatés, à un moment où l'organisation du chantier est passée en mode automne. Voici ce que je changerais dans une tenue, puis ce que la loi impose à celui qui a des salariés.
Le mois de septembre 2026 aura été sec et chaud, avec des pointes à 35 et 36 °C au sud de la Loire, au-dessus des normales de saison. Sur un chantier, ça produit une situation particulière : les journées restent lourdes en milieu d'après-midi alors que les matinées sont fraîches. On part le matin habillé pour 12 °C. À 15 h, on travaille en surchauffe avec la tenue de la veille.
La température compte moins que l'évaporation
Votre corps a un seul système de refroidissement efficace : la sueur qui s'évapore à la surface de la peau. Tout ce qui empêche cette évaporation annule le refroidissement, même si le vêtement vous paraît léger.
C'est ce qui se passe avec un tee-shirt en coton épais. Il absorbe la sueur, il la garde, il se colle au dos, il devient une couche humide qui bloque les échanges. Vous transpirez de plus en plus pour un résultat de moins en moins bon, en vous déshydratant pour rien. Le tee-shirt trempé à 10 h du matin est d'abord un problème de tissu.
Le chiffre qui permet de comparer deux vêtements
La respirabilité d'un textile se mesure. Ça s'appelle le RET, la résistance à la vapeur d'eau, mesurée selon la norme NF EN ISO 11092. Plus le chiffre est bas, mieux la vapeur d'eau traverse le tissu et mieux vous vous refroidissez.
Deux repères suffisent pour trier un catalogue. En dessous de 6, le vêtement laisse passer la vapeur d'eau. Entre 6 et 13, il reste utilisable quand vous forcez. Au-delà de 13, vous allez cuire dedans dès que le rythme monte.
Demandez ce chiffre. Le fournisseur qui l'annonce connaît son produit. Celui qui l'ignore récite une fiche marketing.
Les quatre fausses bonnes solutions
Ce sont les quatre réflexes que je vois le plus souvent sur les chantiers. Chacun aggrave la situation.
Travailler torse nu
Vous supprimez le seul écran entre le rayonnement solaire et votre peau. Vous perdez aussi la protection contre les projections et l'abrasion. La peau chauffe plus vite qu'un tissu clair. L'exposition aux UV se cumule année après année. L'INRS recommande à l'inverse un vêtement couvrant, clair, avec un indice UPF 40+ pour les postes en plein soleil selon la norme NF EN 13758-2.
Le tee-shirt noir
Un tissu foncé absorbe davantage le rayonnement. Sur un toit ou sur une dalle en plein sud, l'écart de température de surface entre un vêtement clair et un vêtement noir se sent en fin d'après-midi.
Boire glacé quand la soif arrive
La soif arrive après le début de la déshydratation, donc elle est un mauvais indicateur. L'OPPBTP recommande 3 litres d'eau fraîche minimum par salarié et par jour sur un chantier, à boire par petites quantités plutôt qu'en trois fois. Fraîche plutôt que glacée : l'eau glacée coupe la sensation de soif avant que le volume bu soit suffisant.
Passer au short
Sur un poste où vous êtes debout et en extérieur, le short se défend. Sur un poste au sol, il coûte cher : vous perdez la poche genouillère, donc la protection du genou. La peau frotte sur le support. Si vous travaillez à genoux, gardez le pantalon et jouez plutôt sur la matière. Le sujet est détaillé dans notre article sur le travail à genoux et le choix des genouillères.
Ce que je changerais dans une tenue
Par ordre d'effet ressenti plutôt que par ordre de prix.
- La première couche avant tout le reste. Un tee-shirt technique à séchage rapide change plus votre journée qu'un pantalon à 200 €. C'est aussi l'achat le moins cher de la liste.
- La couleur claire sur les postes exposés. Gris clair, sable, blanc. Le noir, gardez-le pour l'atelier.
- L'ampleur au bon endroit. Un vêtement ample dans le dos laisse circuler l'air. Un vêtement trop serré transforme la sueur en couche isolante.
- La tête et la nuque. Sous un casque, une casquette anti-heurt ou une doublure absorbante évite que la sueur descende dans les yeux. Sans casque, un couvre-nuque vaut mieux qu'une casquette seule.
- Les pieds. Une chaussette technique en fibre synthétique évacue mieux qu'une chaussette de coton, qui reste humide toute la journée et provoque échauffements et ampoules.
- La ceinture porte-outils, à alléger. Chaque kilo transporté produit de la chaleur métabolique. Quand il fait 30 °C, la ceinture surchargée se paie deux fois.
| Votre situation | La priorité | Ce que je regarderais d'abord |
|---|---|---|
| Couvreur ou zingueur en toiture | Rayonnement solaire et réverbération du support | Vêtement clair couvrant, UPF 40+, casquette anti-heurt, réserve d'eau à portée sur le toit plutôt qu'au camion. |
| Maçon en plein soleil | Charge physique et poussière | RET bas sur le haut, manches longues légères contre l'abrasion et le ciment, rotation des tâches lourdes hors du créneau 12 h à 16 h. |
| Plaquiste ou peintre en intérieur confiné | Air stagnant et humidité | Ventilation mécanique du volume avant tout achat de vêtement, puis première couche technique. |
| Électricien en combles | Températures très élevées en volume clos | Séquences courtes avec une sortie au frais entre chacune, tenue légère mais couvrante contre la laine de verre, eau fraîche au pied de la trappe. |
| Paysagiste | Exposition longue et répétée | Protection UV des avant-bras et de la nuque, chaussettes techniques, pauses à l'ombre inscrites dans le planning. |
Si vous avez des salariés, la règle a changé en 2025
Beaucoup de chefs d'entreprise l'ignorent encore. Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 a créé un chapitre dédié à la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense dans le Code du travail, aux articles R. 4463-1 et suivants. Il s'applique depuis le 1er juillet 2025, en intérieur comme en extérieur.
Trois points à connaître, parce que ce sont ceux qui apparaissent en cas de contrôle ou d'accident.
- Le risque chaleur doit figurer dans votre document unique, avec les mesures prévues dans le plan d'actions. Ça inclut les caractéristiques des EPI adaptés à la chaleur.
- L'organisation passe avant l'équipement. Le texte demande d'abord d'adapter les horaires, de réduire la durée d'exposition, de prévoir des zones rafraîchies et des périodes de repos. Le vêtement vient après, en complément de la mesure collective.
- L'eau doit être fraîche et à proximité du poste, avec un moyen de la maintenir au frais. Une bouteille dans le camion garé à 200 mètres reste hors de portée du poste.
L'information utile pour la trésorerie : en vigilance orange ou rouge, on est dans une période de canicule au sens de l'arrêté du 27 mai 2025, ce qui ouvre droit à l'indemnisation des arrêts de travail au titre des intempéries dans les entreprises du BTP. Arrêter le chantier devient donc une journée indemnisable.
Les signes à connaître avant qu'il soit trop tard. Fatigue inhabituelle, maux de tête, nausées, crampes, confusion ou propos incohérents, arrêt de la transpiration. Le dernier est le plus grave. C'est aussi celui que les compagnons prennent pour une bonne nouvelle. On arrête, on met à l'ombre, on refroidit, on fait boire si la personne est consciente, on appelle le 15. Un coup de chaleur peut être mortel en quelques heures.
Je vends des vêtements de travail. Le premier levier contre la chaleur reste pourtant le décalage des horaires. Commencer à 6 h et rendre le chantier à 14 h vaut mieux que n'importe quel textile, pour le prix d'un peu d'organisation.
Ce qui me dérange, c'est qu'on traite la chaleur de septembre comme un détail parce que l'été est terminé au calendrier. Sur nos chantiers du sud, les journées à plus de 30 °C en septembre sont devenues normales, sur des corps désacclimatés par deux semaines de fraîcheur. C'est dans cette configuration que les malaises arrivent, plutôt qu'au plus fort du mois d'août.
Sur les gilets et vêtements rafraîchissants, je reste prudent. Il y a du vrai et beaucoup de marketing, avec des mécanismes très différents d'un produit à l'autre. Le sujet mérite des mesures plutôt que des impressions.
Trois choses à faire cette semaine
- Consultez le bulletin de vigilance de Météo-France le matin, avant de distribuer les tâches. C'est ce niveau qui déclenche vos obligations, plutôt que le ressenti à 8 h.
- Achetez deux tee-shirts techniques et comparez. Un en coton, un à séchage rapide, la même journée de travail. C'est le test le plus rapide de cette liste.
- Ajoutez une ligne chaleur dans votre document unique, avec vos mesures concrètes : horaires décalés, eau au poste, zone d'ombre. Une demi-page suffit.
Si vous voulez creuser le choix du bas, notre banc de test de pantalons de travail montre ce que valent les matières annoncées. Nos tee-shirts et polos sont l'endroit où commencer pour la première couche.
Dites-moi ce qui vous gêne le plus quand il fait chaud, parce que c'est ce genre de retour qui décide de nos prochains tests.
Sources et références
- Décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur, Légifrance
- Chaleur : quelles obligations pour l'employeur, entreprendre.service-public.fr
- Travail par forte chaleur et EPI, INRS
- Travail à la chaleur, ce qu'il faut retenir, INRS
- Recommandations pour prévenir les risques liés aux fortes chaleurs sur les chantiers, OPPBTP
- Les tendances climatiques à trois mois, Météo-France
Jean-Paul CRENN dirige La Sélection du Pro, qu'il a fondé pour répondre aux besoins spécifiques des artisans et des professionnels, notamment en termes de qualité de service.

